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Premiers pas en collectivité

24 août
4 min de lecture

Comment construire progressivement un nouveau relais avec deux bébés ?


L’entrée en crèche, chez une assistante maternelle ou dans un autre mode d’accueil représente souvent bien davantage qu’un changement d’organisation dans le quotidien familial.


Pour les bébés, c’est la découverte progressive d’un nouvel environnement, d’autres adultes, d’autres enfants et de nouveaux repères. Pour les parents, c’est aussi apprendre à confier leurs enfants à d’autres personnes et à construire une relation de confiance avec celles qui vont désormais prendre soin d’eux en leur absence.


Avec deux bébés, ce passage possède quelques particularités.


La familiarisation : une transition pour les bébés… mais pas seulement


En crèche, on parle aujourd’hui volontiers de période de familiarisation plutôt que simplement « d’adaptation ».


Le changement de terme a du sens : il ne s’agit pas seulement d’attendre que le bébé s’adapte à un nouvel environnement. Il s’agit de lui permettre de le découvrir progressivement, accompagné par son parent, avant que celui-ci puisse peu à peu s’absenter.


Les lieux, les bruits, les odeurs, les autres enfants, les professionnels deviennent progressivement plus familiers.


Mais cette familiarisation se construit également du côté du parent.


Après un congé maternité, parfois prolongé par un congé parental, la mère a pu passer plusieurs mois dans une préoccupation quotidienne extrêmement importante autour de ses deux bébés. Nourrir, porter, apaiser, coucher, recommencer avec l’autre, anticiper leurs besoins et organiser les journées autour d’eux occupe une place considérable.


Confier ses bébés ne consiste donc pas simplement à franchir la porte de la crèche et à retourner travailler.


Il faut parfois pouvoir éprouver progressivement que d’autres adultes peuvent prendre soin d’eux, apprendre à les connaître et devenir pour eux des figures sécurisantes en dehors du cercle familial.


Accueillir deux bébés… et le lien qui existe entre eux


Lorsqu’une structure accueille des jumeaux, elle n’accueille pas simplement deux enfants du même âge.


Elle rencontre deux bébés ayant chacun leur tempérament, leurs manifestations, leurs rythmes et leurs besoins, mais également une relation gémellaire qui fait déjà partie de leur environnement affectif.


Les questionnaires d’accueil, les temps d’échange avec les parents ou encore la présence de professionnelles référentes permettent de recueillir ce qui concerne chacun des enfants.


Dans certaines crèches, deux professionnelles peuvent par exemple devenir chacune plus particulièrement référente de l’un des bébés, tout en accueillant les deux enfants dans le même groupe.


Reconnaître chacun ne signifie pourtant pas qu’il faille systématiquement chercher à les séparer.


À cette période de leur développement, leur proximité peut également constituer un repère sécurisant dans cet environnement encore inconnu. L’enjeu est plutôt de pouvoir observer la paire telle qu’elle est : laisser une place à leur lien tout en apprenant progressivement à connaître chacun.


Individualiser ne signifie pas nécessairement séparer.


Pour le parent aussi, créer progressivement un ailleurs


La familiarisation prépare souvent une reprise du travail. Mais elle peut également ouvrir d’autres espaces dans la vie familiale.


Confier ses enfants quelques heures ou quelques journées peut permettre de retrouver une activité professionnelle, de prendre du temps pour soi, de retrouver son couple ou encore de consacrer un moment particulier à un enfant plus âgé.


Lorsque deux bébés sont arrivés simultanément dans une famille, ils ont nécessairement demandé beaucoup de disponibilité. Pour un aîné, une journée de garde des jumeaux peut ainsi devenir l’occasion de retrouver un temps seul avec son parent, hors du rythme imposé par les plus petits.


Pour autant, avoir besoin d’un ailleurs ne signifie pas que la séparation doive être recherchée ou vécue comme un soulagement.


Certaines mères attendent avec impatience leur reprise professionnelle. D’autres vivent difficilement l’idée de confier leurs enfants. Beaucoup éprouvent des sentiments contradictoires.


Et entendre qu’il faudrait « laisser les bébés pour prendre du temps pour soi » peut parfois devenir une nouvelle injonction lorsque cette séparation n’est ni souhaitée ni encore possible psychiquement.


Prendre soin de soi ne se définit pas nécessairement par le fait d’être loin de ses enfants.


Ce qui importe davantage est que le parent puisse progressivement retrouver ou construire des espaces qui ne soient pas exclusivement organisés autour de sa préoccupation pour les bébés, selon son propre rythme et celui de sa famille.


Quand la reprise du travail rencontre la réalité de deux jeunes enfants


Avec des multiples, le choix du mode de garde est également traversé par des réalités très concrètes.


Le coût de deux places, l’organisation des trajets, les horaires, les maladies infantiles qui se succèdent parfois d’un enfant à l’autre, les appels demandant de venir chercher un bébé malade ou encore la fatigue accumulée peuvent rendre une reprise à temps plein particulièrement exigeante.


Certaines familles choisissent donc quelques jours de garde seulement. Certaines mères diminuent leur temps de travail. D’autres repensent progressivement leur activité ou leur orientation professionnelle afin de trouver une organisation davantage compatible avec leur nouvelle vie familiale.


Il ne s’agit pas nécessairement de choix pensés avant la naissance.


La parentalité de multiples confronte parfois à une réalité que l’on ne pouvait pas entièrement anticiper et oblige à inventer, réajuster, essayer autrement.


Les premiers pas vers un monde plus large


Pour les bébés aussi, quelque chose s’ouvre.


Jusqu’alors, leurs repères se sont principalement construits dans le cercle familial. La crèche ou le mode de garde introduit progressivement un ailleurs : d’autres adultes auxquels faire confiance, d’autres enfants à rencontrer, d’autres façons d’attendre, de partager l’espace et d’entrer dans les premières règles d’une vie collective.


Pour des jumeaux, cette ouverture ne nécessite pas de défaire ce qui les relie pour leur permettre de rencontrer les autres.


Ils peuvent progressivement découvrir le monde extérieur avec leur lien, et à partir de lui, tout en développant chacun leurs propres relations avec les adultes et les enfants qui les entourent.


La familiarisation prend alors tout son sens : elle ne prépare pas seulement le moment où le parent pourra partir.


Elle construit progressivement un passage entre deux univers.


Celui de la famille, qui reste leur premier espace sécurisant.


Et celui d’un monde qui commence doucement à s’élargir.


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Le regard psy


La séparation n’est pas une fin en soi.


Ce qui soutient le développement du jeune enfant est notamment la possibilité d’élargir progressivement son environnement relationnel tout en conservant suffisamment de sécurité dans ses liens premiers.


Pour les parents de jumeaux, l’enjeu peut être de parvenir à confier deux bébés sans avoir le sentiment qu’il faudrait, pour bien faire, rompre leur proximité ou précipiter une séparation pour laquelle personne n’est encore prêt.


Créer un ailleurs ne signifie pas défaire les liens déjà construits.


C’est permettre que de nouveaux liens puissent progressivement venir s’y ajouter.

 
 
 

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