Le double et l'inquiétante étrangeté
- Anais Arneodo
- 22 mars
- 2 min de lecture
À l’occasion de la Journée Nationale de la Petite Enfance, la rencontre avec des jumeaux en crèche peut venir mobiliser chez le professionnel une expérience parfois discrète mais réelle : celle du double et de ce que Freud nomme l’inquiétante étrangeté.
L’inquiétante étrangeté surgit lorsque le familier devient troublant. Deux enfants qui se ressemblent, se répondent, semblent parfois interchangeables… peuvent susciter une impression diffuse de confusion, d’indifférenciation, voire un léger malaise difficile à nommer.
Dans la pratique quotidienne, cette expérience peut se manifester par :
• une difficulté à distinguer spontanément chaque enfant
• une tendance à les nommer ensemble ou à les penser comme une unité
• un sentiment de symétrie ou de répétition dans les interactions
• une hésitation dans l’attribution des compétences ou des émotions à chacun
• une impression que « quelque chose se répète » ou se reflète
Ces éprouvés contre-transférentiels constituent des indicateurs précieux pour penser la posture professionnelle.
Repérer l’effet du double permet d’éviter certains écueils :
→ renforcer malgré soi l’indifférenciation
→ assigner des rôles complémentaires figés
→ soutenir involontairement des comparaisons implicites
→ réduire la singularité de chaque enfant à la dynamique du duo
Accueillir des jumeaux invite le professionnel à un travail de différenciation active : nommer chaque enfant, soutenir des expériences séparées, reconnaître les rythmes propres, penser la relation sans dissoudre le sujet dans le lien.
L’analyse de ces mouvements internes permet d’affiner l’observation clinique et de proposer un environnement suffisamment sécurisant et différenciant pour soutenir le processus d’individualisation.
La question du double, loin d’être anecdotique, constitue un véritable organisateur de la rencontre clinique en petite enfance.



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